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    2 17

    1. Il y a 2 ans

      Eh bah mon coco ! Je crois que ce film confirme mon théorème du cinéma moderne.
      Oui, vous savez, le cinéma auquel on a accès avant même que le film ne sorte en salles ? Le cinéma dont on peut profiter, en mauvaise qualité d'image, sans bruit de pop corn craquant sous la dent de quelconque abruti qui s'est dit que ça serait intéressant de gâcher un moment vidéoludique payé le prix d'un mois de salaire moldave en bouffe pendant la scéance. C'est de ce cinéma là que je veux parler.
      Oui : le cinéma qui se trouve dans votre ordinateur.

      Donc, comme je disais, j'y vais de mon petit théorème sur ce cinéma là. C'est très simple, il se présente comme suit :
      "Si le film est intéressant, tu vas le garder super longtemps dans ton disque dur avant de le regarder."
      Bon, okay ; je dois avouer qu'il n'était pas dans mon disque dur. Je l'ai regardé d'une autre manière dont je ne spécifierai pas la nature.
      Pchut !
      Néanmoins, j'ai longtemps penser à ce film, sans me résoudre à le regarder. Motivation, tout ça. C'est dur, la vie, parfois. Ça vous fait prendre de mauvaises décisions. Mais heureusement, y a le second théorème. Enfin, c'est plutôt un axiome :
      "L'ennui vous pousse à tout."
      Allez sur Google et tapez le premier mot qui vous passe par la tête, si vous me croyez pas.

      Alors je me dis que, de toute façon, je suis pas super réceptif à la sensibilité orientale lorsqu'il ne s'agit pas d'arts martiaux. Je me dis que bon, thaïlandais, ça fait toujours de la bonne bouffe, mais que côté film, je m'y connais pas des masses. Alors comme si c'était des sauterelles au miel, je goûte au bousin avec un a priori d'exotisme. Ça peut pas faire de mal, que j'me dis. J'en mourrai moins con, que j'me dis.

      J'insiste sur le fait que ce film a constitué un très bon moment dans ma vie. C'est le genre de truc dont je pourrai me souvenir, quand je serai sur mon lit de mort, après avoir déshérité tous mes chiards absents, et tentant de regarder sous les jupes des infirmières. Il fait partie de ce genre d'expériences dont on prend un malin plaisir à jouir seul, dans un coin reculé, coupé de tout ; coupé même de notre vie. On met tout dans un vestiaire, et on part à l'aventure.

      Le scénario est un peu tiré par les cheveux, il faut le dire. Mais cela ne fait que donner un côté surréaliste à l'histoire. A lire le synopsis, on se dit : okay, encore un film de seconde main qui balance un truc complètement mal branlé pour appâter l'amateur de sensation fortes, genre pitch de film d'horreur pourri ou de comédie romantique désespérée. "A chaque fois qu'il tue quelqu'un, un oiseau le suit ! Bird killer ! Le nouveau film !" ; "Il avait tout : argent, travail, femmes. Mais il a été transformé en livreur de pizza. Que va t-il lui arriver ?". Bref, le genre de films qu'on serait capable de trouver chez nos marchands de journaux avec un magasine de tuning en prime. Et le magasine d'être plus intéressant malgré tout. Alors que c'est des Jacky touch. Ouais, le scénario à l'air de ça.

      On vous dit : "Hey ! Toi là ! Viens voir ce film ! C'est un mec, il se prend une balle dans la tête, et il voit tout à l'envers ! La folie furieuse des Carpates, m’as-tu jamais vu pareille merveille dramatique ?".
      On vous dit : "C'est l'histoire d'un mec qui voit tout à l'envers. C'est ça, voila."
      Voilà.
      Et ?

      Et bah c'est tout, pourrait-on penser. On n'en sait pas plus. On a juste le concept bizarre, pas très vendeur, un peu bancal dans l'idée. Et on nous vend ça comme la substance du film.

      Que nenni vous dis-je ! Nom d'une... Mais c'est quoi cette idée d'abord ?
      L'idée, c'est de faire un film : ça vous aurait une ambiance ! Et le tout, entre deux petites parenthèses, un peu isolé, un peu en marge, comme tout bon polar. Une ambiance claustrophobe, somme toute. Le glaise du genre. Fugitif, tueur, seul au monde, ennemis invisibles. Ça vous a une ambiance avec une tutelle saugrenue autour de laquelle on vous enroule le reste. Alors c'est l'histoire d'un type qui se prend une balle dans la tête et qui voit tout à l'envers. Pourquoi ? Tout le reste, voilà pourquoi.

      Tout s'emmêle. La chronologie semble avoir une importance non euclidienne et l'histoire se déroule comme on retire du papier cadeau : n'importe comment. Un n'importe comment d'une précision et d'un homogénéité impressionnante. Vous pouvez regarder une scène dont vous ignorez si elle se déroule dans le présent ou le passé de Tul (le héros) sans que cela vous gène plus que ça. Les événements paraissent parfois confus, alors qu'on suit sans problème. On est là, on regarde, ne loupe rien. On comprend, et pourtant, l'impression générale reste confuse.

      C'est qu'on n'a pas besoin d'autant de réflexion. On n'a pas besoin de savoir pourquoi, on a besoin de savoir comment. Le héros est constant comme les siècles. On le voit avec des cheveux, sans cheveux, avec ou sans armes, cicatrices, blessures. On le voit vivant, le croit mort, foutu, parfois on le penser sur le point de sombrer moralement. Mais il reste, exactement tel qu'il était. Et ça, ça vous met un de ces mal de mer. Parce que c'est nous qui voyons tout à l'envers, qui voyons une tempête s'acharner sur un homme qui puise la certitude même de ses convictions dans ses doutes empiriques.

      Et ça n'est pas un hasard si notre homme ne connaît que la fuite. S'il se prend de passion pour des idéologies torturées, s'il se sent bien en prison. S'il tue, surtout. Il tue tellement. Vous n'aurez pas à aller bien loin dans le film pour le voir. Il tue comme si ça soignait le cancer. Le réalisateur nous plonge au cœur d'un homme qui forme à lui seul le paradoxe de la justice qu'il poursuit pourtant. Plus on avance, et plus on s'interroge sur ce qui fait de Tul un spécimen de la race humaine, inventant sa propre justice. Est-ce qu'il l'administre, la justice ? Est-ce qu'il la fuit ? Et si c'est les deux, laquelle est la bonne ?

      En cela, je trouve que tout sert le film. La photographie sobre et pleine de sincérité, le scénario un peu bas de gamme, traité comme s'il pourrait très bien ne pas exister, une langueur de mort quasi-méditative, une violence spontanée et sans aucune conscience d'elle même et Nopachai Jayanama, avec sa frimousse de sourie apeurée, de petit nerd innocent effrayé - par le monde au moins autant que par lui même - avec son jeu tout en visage, un petit côté Jean Baptiste Grenouille, dans la vigilance constante de son regard ; avec sa candeur, peut-être, lorsqu'il succombe au mesmérisme incompréhensible de Celine Horwang.

      Bref, vous l'aurez compris, il vous faut voir ce film. Parce qu'il en vaut la peine. D'ailleurs, ça n'est même pas une peine, c'est du temps de votre vie que vous perdrez à ne pas souffrir une merde filmique. Alors profitez-en. D'ailleurs, si vous avez lu cet imbroglio de conneries jusqu'au bout, qu'est-ce qui vous empêche d'aller voir un bon film comme celui-là ?

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